fernwright Massif


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 | Sujet: cause et effet dans la bouddhisme Dim 27 Juil - 19:15 | |
| je vous ressors de la doc gravée sur CD depuis bien longtemps (des années) enjoy! (il y en a pour tous les goûts) Cause et effet dans le bouddhisme, à partir de Nâgârjuna
par Jean-Charles Pelayo
Introduction
Ci-dessous, je m'appuierai essentiellement sur les exposés de Nâgârjuna. En préambule à son Traité du Milieu, Nâgârjuna donne sa célèbre phrase des huit négations qui résume les enseignements du Bouddha Shakyamuni :
"Je me prosterne devant le meilleur des Maîtres, le parfait Bouddha qui enseigna que ce qui est produit en dépendance n'a ni mort ni naissance, ni annihilation ni permanence, ni aller ni venir, ni unité ni différence, qu'il est libre de conceptions et apaisé."
Comment comprendre une telle doctrine strictement apophatique, c'est à dire une description qui se contente de la négation pour évoquer une réalité apparemment inexprimable en termes positifs ? Comme pour toute doctrine bouddhique, il conviendra de garder à l'esprit les deux vérités, conventionnelle et ultime. A ce sujet, Nâgârjuna rappelle dans le Madhyamakakârikâ, chapitre 24, stance 8 :
« Le Dharma enseigné par tous les Bouddha est bien fondé sur les deux Vérités : la vérité conventionnelle du monde et la suprême ultime Vérité. »
Pour encore préciser stance 10 l'importance capitale de ce point :
"Sans s'appuyer sur la convention, le sens ultime n'est pas réalisé. Sans réaliser le sens ultime, L'au-delà des peines n'est pas obtenu."
Approche existentielle
Les remarques introductives ci-dessus prennent tout leur sens lorsqu'il s'agit de traiter des liens entre la cause et l'effet, un thème aux implications morales évidentes. De fait, loin dans se cantonner dans une perception ultime de la réalité, Nagarjuna affirme très explicitement un lien entre la vertu et le bonheur.
"L'attachement, l'aversion, l'ignorance Et les actions qu'ils suscitent, cela est non-vertu ; L'absence d'attachement, d'aversion et d'ignorance Et les actions qu'elle suscite, cela est vertu." "De la non-vertu proviennent toutes les souffrances Ainsi que les mauvaises migrations Des vertus viennent toutes les bonnes migrations Ainsi que les plaisirs de toutes les naissances." (Nâgârjuna, "Précieuse guirlande de conseils aux roi" (Râyaparikathâratnâvalî) stances 20 et 21)
Dans son "Exposé des étapes de la Voie", le grand érudit Tsongkhapa (1357-1419), qui fut le réformateur du bouddhisme tibétain et fondateur de l'ordre des Gelugpa (l'ordre de la Vertu), présentera cette vue comme la vue correcte de tous les bouddhistes.
"Ainsi, l'on détermine que les plaisirs et les souffrances ne sont pas sans cause, ni résultat d'une cause différente, .../... et l'on reconnaît la relation distincte, irréfutable entre l'action et l'effet au sein de laquelle le plaisir et la souffrance, en termes généraux, découlent respectivement de la vertu et de la non-vertu, et la variété des plaisir et souffrances découlent de la variété des actions spécifiques sans le moindre désordre. Telle est la vue correcte de tous les bouddhistes, louée comme la fondation de toutes les qualités." (Cité dans Lopez, "A study of svatantrika", 1987 p. 85-86)
Or ce point de vue corrobore la position de Nâgârjuna qui dans la "Précieuse guirlande" aux stances 43 et 44 fait le lien entre la position ontologique fondamentale du bouddhisme du "Milieu" entre les vues d'inexistence et celles de permanence :
"En résumé, qu'il n'y a pas d'effets aux actions Est la vue d'inexistence. Sans mérite et menant aux mauvaises destinées, Elle est dite vue erronée. En résumé, qu'il y a des effets aux actions Est la vue d'existence. Méritoire et s'accordant avec les causes des destinées heureuses, Elle est dite vue correcte."
La production conditionnée (pratîtyasamutpâda)
La doctrine de la production conditionnée (en Anglais "dependent arising", ce qui peut sembler plus directement compréhensible) permet une première approche de l'ontologie bouddhique. Dans le canon pali elle est même présentée comme équivalente à la Doctrine du Bouddha puisque l'on lit :
"Celui qui comprend la production conditionnée comprend la Loi, et celui qui comprend la Loi comprend la production conditionnée." (Shakyamuni, Mahâhatthipadopamasutta, Sutta sur la comparaison avec l'empreinte de l'éléphant.)
L'une des formulations les plus simples de la production conditionnée se trouve dans le quatrain bien connu :
"Quand ceci est, cela est Ceci apparaissant, cela apparaît Quand ceci n'est pas, cela n'est pas Ceci cessant, cela cesse." (Majjhima-nikâya, Pali Text Society p. 63, Samyutta-nikâya, Pali Text Society p. 28, 95 ...)
Cette vue s'articule entre autres avec celle des Quatre Nobles Vérités et permet d'expliquer notre condition humaine. Néanmoins, selon les auteurs mahayanistes la notion de production conditionnée reste précisément une notion, qui d'ailleurs concerne le domaine empirique et n'est pas à comprendre au plan de l'absolu. Elle ne signifie aucunement que l'existence humaine serait régie par une cause unique et fixe (Mizuno, 2000, 56). Elle doit être appréhendée sur le plan psychique (cf. supra : le bonheur et la souffrance) et sur le plan des phénomènes.
Approche ontologique : introduction
A l'exception des matérialistes (svabhâvavâdins) qui nient son existence et attribuent les phénomènes au jeu du hasard, tous les systèmes philosophiques de l'Inde retiennent la notion de causalité comme un principe gouvernant tous les phénomènes. Les interprétations de la causalité varient néanmoins d'un système de pensée à l'autre. Ainsi, les Samkhyas non-théistes avancent que tous les objets manifestés y compris le bonheur et la souffrance, sont des transformations du "principe général" (pradhâna), tandis que les Samkhyas théistes voient dans le bonheur et la souffrance des créations du Dieu Ishvara. (Murti, 1998) Néanmoins un trait commun à ces points de vue sera contesté par la philosophie du Mâdhyamika : le caractère ultime de la causalité en tant qu'entité nouménale. Cette vue est bien sûr à mettre en rapport avec les principes de non-soi (Pali : anatta, Skr. anâtman) et de non-substantialité des phénomènes (dharma-nairâtmya) qui déjà avaient amené le Bouddha, dans sa définition de la production conditionnée, à évacuer toute idée d'une substance sous-jacente qui expliquerait les relations entre phénomènes. (Kalupahana, 1992, 162). Les 4 premiers vers du Madhyamakakârikâ (Traité du Milieu) de Nâgârjuna l'affirment sans ambiguïté:
"Où que ce soit, quelles qu'elles soient, Les choses ne sont jamais produites A partir d'elles mêmes, d'autres, Des deux, ou sans cause". (Nâgârjuna, MK 1,1)
L'importance de cette question dans le Madhyamakakârikâ est démontrée par le fait qu'elle est traitée aux chapitres 1, 15, 20 et 21 de façon extensive tandis que le reste du Traité l'aborde par rapport aux notions de son application pratique pour ce qui est de la de souffrance, de la libération, du samskâra et du karma-karta (l'agent et l'acte)... Pour les tenants du Mâdhyamika, la causalité ne relève en effet que de la réalité empirique. Leur démonstration s'appuie sur la mise en évidence des contradictions inhérentes à la perception des phénomènes en termes d'identité, de différence, des deux ensemble ou de ni l'une ni l'autre. La conclusion du Mâdhyamika est que les théories de la causalité sont des fabrications conceptuelles et n'ont pas de rapport avec la réalité dès que l'on s'écarte de l'empirique. La causalité est identifiée à la vacuité.
"La génération, l'existence et la destruction sont de la nature de l'illusion (mâyâ)." (Nâgârjuna, MK 7,32) "Nous déclarons que ce qui est production conditionnée, Cela est vacuité. Cela dépend de la convention. Cela-même est la Voie du Milieu." (Nagarjuna, MK, 24,18)
Ces représentations sont éclairées sous un autre aspect lorsque l'on fait intervenir le temps. A cet égard, l'école du bouddhisme ancien, le Theravâda, insiste sur la concordance usuelle des temps où la cause précède nécessairement l'effet. Par contre le Mâdhyamika indien, les soutras de sagesse suprême du Mahayana, les écoles chinoises San-lun (Trois traités) et l'école T'ien t'ai dont les enseignements dérivent du Sutra du Lotus affirment que "toutes les causes et tous les effets existent simultanément et exercent une influence réciproque dans une relation spatiale plutôt que sous forme d'une séquence temporelle." (Mizuno, 2000, 58) Conclusion
A quoi peut servir une telle étude de la causalité et de sa vacuité ? Le XIVe Dalaï-lama répond à cette question :
"Ainsi nous comprenons que le sens de la production interdépendante est l'absence d'existence inhérente et que le sens de cette dernière est la production interdépendante. Donc production interdépendante et Vacuité sont complémentaires. Avec cette certitude nous nous engagerons dans la pratique de ce qui est à abandonner et à accepter dans le contexte de la seule existence nominale, et par les moyens d'une valable connaissance conventionnelle. Dès lors, les états mentaux perturbateurs tels que le désir, l'aversion, etc., provoqués par l'attachement à l'existence inhérente, et non pas simplement nominale, perdront graduellement de leur force et finalement disparaîtront. Résumons cela: lorsque nous aurons une profonde expérience de la vue de la Vacuité, nous pourrons reconnaître que tout ce qui apparaît à notre perception se manifeste spontanément comme réellement existant et nous comprendrons alors que, lorsque l'attention aux objets est forte la conception d'une existence inhérente se produit et adhère à leur apparence comme s'ils étaient indiscutablement vrais. Quelles que soient les émotions et les passions qui naissent, telles qu'attachement, avidité, agressivité, etc., elles sont le fait du sujet concevant l'existence intrinsèque comme base et cause. Nous acquerrons la profonde certitude que ce sujet a une fausse perception, se trompe sur son objet de référence qui manque de fondation valable, alors que son opposé, la réalisation de la non-substantialité est le fait d'une perception correcte. " (XIVe Dalaï-lama, "La clef du Mâdhyamika", in "Enseignements du Dalaï-lama", Albin Michel Spiritualités vivantes n° 162, p. 164-165)
"Les Vainqueurs ont déclaré Que les doctrines pour le bien définitif Sont subtiles, profondes et effrayantes Pour les puérils dépourvus de savoir. "Je ne suis pas, Je n'ai pas, Je n'aurais pas" Voilà qui terrifie les puérils E et met fin à la peur des sages." (Nâgârjuna, PG 25, 26)
Références
- XIVe Dalaï-lama Tenzin Gyatso, "La clef du Mâdhyamika", in "Enseignements du Dalaï-lama", Albin Michel Spiritualités vivantes n° 162
- Chandrakirti, Madhyamakavatara ("L'entrée au milieu", Dharma, 1985) Réfutation des objections à la thèse de l'absence d'existence inhérente de la causalité : strophes 214-221
- Kalupahana, David J., "A history of Buddhist philosophy" University of Hawaï Press, 1992
- Kogen Mizuno "Les principes fondamentaux du bouddhisme", Sully, 2000
- Murti, T.R.V., "The central philosophy of Buddhism", Harper Collins 1998, 166-178 ",
- Nâgârjuna, "Traité du Milieu" Points Sagesse Seuil n° 88
- Nâgârjuna, "Précieuse guirlande de conseils aux roi" Points Sagesse Seuil n° 155
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_________________ Craignons Dieu et nous cesserons de craindre l'homme (Mahatma Gandhi) |
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