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L'histoire de Rose-Mary Adrian

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Mili
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MessageSujet: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Dim 14 Mai - 16:20

Nous sommes le 11 Novembre 1918, à Calais. Depuis onze heures du matin, moment extraordinaire où toutes les cloches de la ville se sont mises à carillonner pour annoncer la fin de la guerre, une foule surexcitée parcourt les rues en agitant des drapeaux et en chantant La Marseillaise, La Madelon ou Tipperary. On pleure, on rit, on s’embrasse, on boit à la victoire. Des bals s’improvisent au coin des rues, on dans en criant " A mort, Guillaume ! " et " Vive Clémenceau ! "…

Or, dans cette foule en folie, il y a deux êtres qui ne se connaissent pas encore mais que le destin va brusquement mettre face à face et qui sont appelés à vivre la plus extraordinaire, la plus stupéfiante des aventures…

Lui, il s’appelle Michel Davel. Il a vingt ans, il est simple matelot. Elle s’appelle Rose-Mary Adrian. Elle est blonde, elle a des yeux pervenche, elle est ravissante, elle a dix-sept ans. Elle vit chez ses parents dans une grande maison entourée d’un parc, à la sortie de Calais. Son père est anglais, sa mère est française. Elle parle couramment leurs deux langues.

Si Michel est seul dans la foule, Rose-Mary, elle, est accompagnée de trois cousines de quatre à cinq ans ses aînées. Toutes quatre ont piqué sur leurs manteaux ou sur leurs bérets des cocardes tricolores et de minuscules drapeaux britanniques. Bras dessus, bras dessous, elles s’approchent d’un petit bal improvisé où des couples dansent sur l’air de Viens, Poupoule. C’est là que Michel, mêlé à la foule qui regarde les danseurs, remarque tout à coup Rose- Mary. Il est fasciné par tant de charme, tant de fragilité, tant de blondeur. Et comme aujourd’hui tout est permis, il s’approche et prend le bras de la jeune fille.

- Vous venez danser ?

Elle tourne la tête, amusée. Il est marin, joli garçon, c’est la Victoire : elle le suit sans se faire prier, toute fière d’avoir été choisie.

Or dès qu’ils commencent à danser, ils se sentent envahis, submergés par une émotion qu’ils n’ont encore jamais connue. Et tout comme dans ces romans du Moyen Age où princesse et chevalier se trouvent soudain liés par un charme, ils deviennent subitement et follement amoureux l’un de l’autre…

Quand la musique s’arrête, le matelot ramène Rose-Mary vers ses cousines ; mais il ne la quitte pas. Il a d’ailleurs décidé de ne plus la quitter jamais.

- Monsieur reste avec nous ? demande une des jeunes filles.

- Oui ! répond simplement Rose-Mary.

Tout le groupe replonge dans la foule. Les trois cousines devant, Rose-Mary et Michel derrière, main dans la main, savourant un plaisir étrange qui leur tourne un peu la tête…

Ils se revoient le lendemain, le surlendemain, tous les jours. Et un soir, Rose-Mary annonce à ses parents qu’elle veut se marier.

M. Adrian prend des renseignements sur Michel et apprend que le jeune homme n’a " ni fortune ni espérances "… Alors, comme dans un roman de Paul Bourget, il s’oppose de façon catégorique au mariage.

- De plus, ajoute-t-il, je t’interdis absolument de revoir ce garçon !

Rose-Mary est effondrée. Elle sanglote, elle ne veut plus vivre. Elle tombe malade.

Au bout de quelques semaines, M. Adrian a une idée :

- Pour t’aider à guérir, dit-il, nous allons quitter la France. Nous irons vivre en Australie. Là-bas, tu te feras de nouvelles relations et tu finiras par oublier… Crois-moi, je te tiens le langage de la sagesse. Les mésalliances n’ont jamais fait de ménage heureux !

Un mois plus tard, la famille Adrian quitte Calais et va s’installer en Australie. Et les années passent. Mais Rose-Mary reste fidèle à Michel. Elle repousse toutes les demandes en mariage, tous les amoureux, tous les soupirants. Et Dieu sait s’il y en a autour de cette fille intelligente, belle et fortunée.

Au début de 1935, elle a trente-quatre ans, quand ses parents meurent, victimes d’une épidémie. Elle quitte alors Perth et va habiter Melbourne. Et c’est là qu’un matin, dans une rue, elle se trouve soudain face à face avec un homme qui s’arrête et qui crie :

- Rose-Mary !

Le son de cette voix qu’elle aurait pu reconnaître entre mille la fait presque défaillir. Elle murmure :

- Michel !…

Pourtant, elle a du mal à reconnaître les traits du petit matelot de 1918. En dix-sept ans, il a changé. Il lui semble plus grand ; son visage même est différent : la mâchoire est plus large et les yeux d’un bleu plus foncé qu’autrefois… Mais il parle et elle retrouve son accent du nord de la France, ses expressions, son rire.

Il l’entraîne dans un café et, pendant une heure, il évoque des souvenirs. Les images qu’il ressuscite la touchent au plus profond d’elle-même, car il se souvient de tout : de la robe qu’elle portait le 11 novembre 1918, de la couleur de son béret, des petits drapeaux qu’elle y avait épinglés, des musiques sur lesquelles ils ont dansé, de ce qu’il lui a dit en la raccompagnant le soir jusqu’à la maison de ses parents, d’un piano qui jouait dans la nuit tandis qu’il l’embrassait pour la première fois, de chacune de leurs rencontres secrètes les jours suivants, d’un sonnet qu’elle lui avait écrit et qu’il sait encore par cœur, d’une chanson qu’ils chantaient ensemble… Il n’a rien oublié !…

- Que fais-tu ici, Michel ?

- Je suis docker dans le port de Melbourne depuis l’année dernière… Je parle si mal anglais que je n’ai pu trouver mieux…

- Quand es-tu venu en Australie ?

- Ma réponse va t’étonner : je ne sais pas. J’ai eu un accident le 12 août dernier. On m’a relevé sur le bord de la route avec une fracture du crâne et conduit à l’hôpital. Quand je me suis réveillé, il y avait une grande zone d’ombre dans ma mémoire… Et toi ?

Rose-Mary raconte sa vie avec ses parents. Michel l’interrompt :

- Mariée ?

- Bien sûr que non !

- J’ai trente sept ans…

- J’en ai trente-quatre, dit Rose-Mary.

Michel hésite un instant :

- Si tu veux toujours de moi…

Ils se marièrent le mois suivant. Rose-Mary fit entrer Michel – malgré son mauvais anglais – dans une entreprise dirigée par un ami de son père, et ils furent heureux, d’un bonheur de conte de fées, pendant treize ans…

Mais un soir de 1948, Michel, qui s’était absenté pendant deux jours, rentre chez lui avec un air tellement bouleversé que sa femme se précipite :

- Que se passe-t-il ?

Michel reste un long moment silencieux. Puis il parle. Et Rose-Mary le regarde ahurie, stupéfaite, car il parle dans un anglais impeccable. Et voici ce qu’il dit :

- Rose-Mary… je viens de découvrir une chose effroyable… Je ne suis pas Michel…

- Quoi ?

- Non… La mémoire m’est revenue, je ne suis pas français, je suis anglais… Je m’appelle George Littlon. Je vivais à Adelaïde quand j’ai eu mon accident, et j’ai déjà une femme légitime qui est toujours vivante…

- Ce n’est pas vrai ?

- Si… La mémoire m’est revenue subitement il y a trois jours et j’ai fait une enquête. Ma femme vit toujours à Adelaïde, je l’ai vue hier et elle m’a reconnu tout de suite.

- Mais ce n’est pas possible !

- Ecoute moi : en 1934, le 12 août, j’ai fait une chute, je me suis ouvert le crâne, j’ai perdu la mémoire et l’on m’a transporté à l’hôpital. Alors, je ne sais pas ce qui s’est passé ; mais en me réveillant, je parlais français. J’ai dit que je m’appelais Michel Davel. Comme je n’avais pas de papiers sur moi, le personnel administratif m’a pris pour un marin français en rupture de bord et les autorités australiennes m’ont donné une carte de séjour et une carte de travail. Puis je t’ai rencontrée et, pendant treize ans, je n’ai eu aucun doute. J’avais curieusement dans ma mémoire tous les souvenirs d’un autre… de celui que tu as aimé autrefois.

Rose-Mary pense devenir folle. Comment croire cette histoire alors que son mari lui a rappelé, tout au long de ces treize ans de vie commune, mille détails de leurs adolescence, mille faits qu’eux seuls connaissaient ?

S’imaginant que son mari invente cette histoire extravagante pour la quitter, elle se rend à la police. Mais elle ne tarde pas à apprendre que tout est vrai.

Alors, brisée, elle retourne en Angleterre et elle est charge des amis français de faire des recherches pour savoir ce qu’est devenu Michel Davel, le vrai.

Un matin, elle reçoit la réponse. Une réponse qui la terrifie : Michel est mort accidentellement le 12 août 1934, c’est-à-dire le jour même où l’autre, en Australie, s’était ouvert le crâne…

Il est à considérer que cette histoire est un témoignage authentique et que Rose-Mary Adrian, après avoir appris que le vrai Michel était mort exactement à la date de l’accident du faux Michel, a été tellement troublée qu’elle a décidé de consacrer le reste de sa vie à tenter de percer les mystères de la mort. Et elle a fondée une société de recherche métapsychique. Elle-même et certains membres de cette société ont enquêté sur le cas qui la touchait personnellement, et elle a publié le résultat de cette enquête.

Certains personnes dont des scientifiques officiels ont cherché différentes invraisemblances dans ce témoignage, notamment une complicité entre George Littlon et Michel Davel, mais après vérifications des éléments : la reconnaissance de Rose-Mary, la simultanéité des événements (accident et mort), la barrière des langues, il faut bien admettre qu’il n’y a aucune explication valable à ce phénomène.

Certains parapsychologues retiennent une hypothèse, il est vrai assez " vertigineuse ", d’après eux, l’esprit du vrai Michel, au moment de la mort, se serait réincarné immédiatement dans le corps de George Littlon qui se trouvait, à ce moment, en quelque sorte " disponible ", à cause de l’évanouissement…

Dans cette hypothèse, on peut se demander ce qu’a fait l’esprit de George Littlon pendant que son corps était animé par celui de Michel Davel ? Car Georges Littlon n’avait aucun souvenir de cette période de treize ans, comme si son âme avait erré dans un " ailleurs " qui n’aurait laissé aucune trace dans sa mémoire. Mais où ? Je dois dire que ce n’est pas le moindre point d’interrogation de cette extraordinaire histoire…

Sources :
Raoul Foin, les Mystères qui nous entourent, Omnium littéraire.
Revue de la Society for Psychical Research.
Repris dans le livre : " Nouvelles Histoires magiques" de Guy Breton et Louis Pauwel

Avec la collaboration de Jean-Claude Bernard
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Dim 14 Mai - 16:29

merci Mili pour cette histoire passionnante :gifer22:
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Lun 15 Mai - 7:40

Ca c'est vrai c'est une histoire passionnante! Merci Mili! :coeur-gif-019.
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Lun 15 Mai - 9:21

c'est l'histoire d'un gars qui se plaint d'avoir deux femmes?

c'est sur : il s'est ouvert le crane!
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Lun 15 Mai - 12:59

Merci pour cette histoire, emouvante tout dabord: retrouver son amour apres 17ans, puis incroyable!
Ce michel Davel refusait de mourir sans avoir revu et vecu cet amour qui fut jadis interdit!
Comme koi l'amour est plus fort que la mort! hi hihihi

Pierre:

""c'est l'histoire d'un gars qui se plaint d'avoir deux femmes?

c'est sur : il s'est ouvert le crane!""

ha ha ha ha lol
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Lun 15 Mai - 13:10

à etre vivant :

une journée sans faire rire (ou sourire) son prochain est une journée perdue.

des pharisiens gnostiques pensent que le rire est le propre du Diable...

Vivent les diables propres!
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MessageSujet: Re: L'histoire de Rose-Mary Adrian   Lun 15 Mai - 20:44

Incroyable cette histoire ! :colombe_008:
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L'histoire de Rose-Mary Adrian

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